Ixèsos : l’histoire d’une passion qui a su attendre son heure

Il y a des rêves d’enfance qu’on met de côté, des passions qui semblent impossibles à suivre, des vocations étouffées sous le poids des « il faut » et des « ce n’est pas raisonnable ». Pourtant, certains rêves ont la peau dure. Ils patientent, se transforment, trouvent leur chemin malgré les détours, les hésitations et les concessions.

Mon histoire, c’est celle d’une quête de sens, d’un retour à l’essentiel, et d’une renaissance à travers la matière. Ixèsos, ce n’est pas seulement un projet, c’est une vie qui s’est réaccordée avec elle-même.

Un héritage silencieux : la créativité dans le sang

Je suis née dans un univers où les mains savaient faire, où l’artisanat était un langage du quotidien. Ma grand-mère, couturière, donnait vie aux tissus, créant de ses doigts des pièces uniques. Ma mère, touche-à-tout, explorait chaque recoin des activités manuelles, se lançant dans mille et une expériences créatives.

À la maison, chacun exprimait son talent d’une manière ou d’une autre. Mon frère aîné sculptait le bois, soudait le métal, peignait des œuvres vibrantes. Mon autre frère, lui, trouvait son épanouissement dans la cuisine, maniant les saveurs avec la précision d’un artiste.

Mais malgré cet environnement foisonnant de créativité, le chemin que l’on m’a tracé était plus conventionnel. Ma mère, femme au foyer, n’avait pas eu l’occasion de réaliser tous ses rêves. Elle voulait pour nous un avenir stable, rassurant, qui passerait avant tout par des études « sérieuses ».

Le rêve de stylisme étouffé par la raison

Très tôt, j’ai su ce que je voulais : devenir styliste. Mais ce rêve, aux yeux de ma mère, était un caprice risqué, une illusion qui ne mènerait à rien de concret. Elle a pris les devants, organisant une rencontre avec des professionnels du secteur pour me confronter à la dure réalité du métier. À ses yeux, ce n’était pas une voie d’avenir.

Face à cette pression et aux arguments pragmatiques, j’ai mis mon rêve de côté. À 18 ans, je quitte ma Bretagne natale pour des études de diététique, un choix raisonnable, mais totalement déconnecté de ce qui m’animait. Très vite, je me rends compte que je suis à côté de la plaque. Mon esprit vagabonde ailleurs, attiré par un tout autre univers : celui de la création graphique.

Les détours de la vie : de la diététique au webdesign

Incapable de poursuivre dans une voie qui ne me ressemble pas, je décide de tout lâcher. Mais arrêter ses études quand on vient d’un milieu qui valorise la sécurité, ce n’est pas simple. J’ai dû mentir à ma mère, lui cacher mon abandon, et me débrouiller seule.

Entre petits boulots en intérim et formations glanées ici et là, j’ai navigué à vue, testant, explorant, cherchant ma place. C’est finalement en intérim que j’ai appris à me faire confiance. Step by step, j’ai prouvé ma valeur, grimpé les échelons, développé des compétences en gestion de projet.

Mais au fond de moi, quelque chose manquait toujours.

Le réveil brutal : licenciement et retour aux sources

La vie a fini par me rattraper. Un licenciement brutal, « à l’américaine », que j’ai très mal vécu. Puis le COVID, une période de flottement, de questionnements profonds. C’est dans ce chaos que s’est imposé un besoin irrépressible : retrouver la passion que j’avais mise de côté depuis trop longtemps.

J’ai décidé de suivre une formation de stylisme en ligne. Un retour aux sources. Et contre toute attente, j’ai excellé. C’était ma petite victoire personnelle, la preuve que ce rêve-là n’était pas une illusion.

Mais quelque chose clochait encore. Toujours devant un écran, encore trop déconnectée de la matière. J’avais besoin de toucher, de sentir, de créer avec mes mains. Alors j’ai expérimenté.

L’exploration créative : quand les mains reprennent le pouvoir

Dans mon petit appartement, j’ai commencé à jardiner, à coudre, à fabriquer des bougies, à tester la saponification à froid. Chaque essai était une bouffée d’air, un retour à l’essence même de la création.

Puis un jour, je me suis inscrite à un atelier sur le béton. Ce fut le déclic. De fil en aiguille, j’ai bifurqué vers la céramique. Là, enfin, j’ai trouvé un langage qui me correspondait totalement : brut, authentique, enraciné dans le geste.

Aujourd’hui, j’en suis là. Je teste, j’expérimente, j’affine mon savoir-faire. Et surtout, je me projette.

Ixèsos : un projet de vie, une transmission

Ixèsos n’est pas qu’un simple projet professionnel. C’est l’aboutissement de toutes ces années de quête, d’hésitations, de bifurcations. C’est la synthèse de tout ce que je suis :

  • La couture, héritage familial indéniable.
  • Les bougies et la saponification, des objets du quotidien qui invitent à ralentir.
  • La céramique, mon ancrage, mon lien direct avec la matière.
  • Le végétal, qui m’inspire et me guide dans mes créations.

Dans quatre ans, je veux en vivre pleinement. Je veux proposer des objets qui ont du sens, qui accompagnent la vie,qui incitent à prendre son temps. Des créations qui relient passé et avenir, qui portent en elles une histoire et une transmission.Je fais ce projet pour moi, mais aussi pour les générations à venir. Parce que créer, c’est aussi léguer quelque chose de plus grand que soi.Aujourd’hui, je regarde en arrière et je souris. Les détours, les échecs, les embûches, tout cela avait un sens. Le stylisme que je n’ai pas pu faire à 18 ans, je l’ai retrouvé autrement. La créativité qui semblait condamnée à être un loisir a fini par devenir une vocation.

Et surtout, j’ai appris une chose essentielle : les rêves ne disparaissent jamais vraiment. Ils attendent juste le bon moment pour éclore.